Heeey Mais quOi ??! ... ça t'étonne un p'tit bonhomme qui parle tout seul ??! ..... Heeeeey Mais j'en ai rien'à'fout' MOI .... Waaayyyy , rien'à'fout' ...
De toute façon , zêtes tous drole hein ?! Oh qu'est-ce qui s'p'asseuh ?! HEIN ? QUOI ? .... Hum ... Ouais ... ouais c'est ça ... Grands cons ... Grands-cons ... Ouaiiis , c'toi le con , c'toi le con ... Ferm'ta geule ... huuum ...
Rond point de l'Europe à l'entrée d'Courbevoie , Nouveaux quartier ou vieux clocher de Colombes , si t'as l'sens observateur , et qu'tu passes pas ton temps à refuser de regarder plus loin que le bout de ton nez , tu m'as sans doute déjà croisé ... L'genre d'homme sans envergures , à la mine patibulaire , à l'allure titubantes mais aux répliques taillés sur mesure pour un fou qui s'promène bouteille de vin en plastique à la main , un putain de crève la faim de plus dans ton horizon naif d'hautain , le crane chauve et le teint rosé par toutes les cuites que la vie n'a cessé de vomir sur moi , un Père Noël en désarroi , manteau long de saison troué marron , à la faillite sans raison , au courage disparu , une fois que la bise de l'espoir fut venue , et sans le vouloir obliger d'embrasser la rue quand l'Hiver du destin fut venu ... Pleins de sacs Lidl autour de moi , pleines de choses vides , l'idéal en somme , comme la lampe il faut frotter un peu si tu veux que j't'en raconte quelques passages , écoute c'qui peut t'arriver si t'es pas sage ... Plus d'peurs ou d'tracs , Je suis l'Homme aux sacs ...
Vu de loin les Buildings brillent , Un coup de Psshit et tout scintille , vu d'en bas , tout est clean , tant qu'tu gardes le regard haut et l'on balaie les insectes d'un coup de la main ... Le froid me colle à la peau comme la rudesse des traits de mon visage , avec l'âge , la vie pose ses marques comme un ticket pour la prochaine page . Mes paroles se perdent dans les bulles de dioxygène dont moi-même ressent la gêne , en bon indigent , on apprend à fuir l'incommodité des gens , un soulagement pour l'un comme pour un de moins ... Depuis le temps que j'traine ma bosse , J'ai appris à aiguiser le regard , et dans l'observation du quotidien , colosse de mélancolie dans cette guilde de routard , j'me suis souvent rendu compte que l'habit ne faisait pas le moine . De la fumée sortant des cheminées du haut des chaumières , l'apparence s'fait souvent la malle , derrière les vitres teintés , les sourires , les bijoux , le bonheur crève la dalle et les regards s'assombrissent hors de la lumière . Paris sous les ponts ça rime surtout avec la ville du tiers ... Esquivant bris de glaces et prise de prozac , je suis l'Homme aux sacs ...
Dans l'ombre des réverbères , les pleurs s'enchainent et entre crises de larmes et crises de rires , comme la différence de tension entre la face et l'expression , entre coup de froid et bouffées de chaleurs , la rue t'apporte des scènes qui s'joue aussi bien en intérieur , la seule chose qui change sont les regards extérieurs , du tout le monde rieur aux sourires moqueurs , alors les clochards , SDF , les prostituées , et même les travesties squat' les zones inhabitées , pour éviter qu'on les mates , à l'abris des milliards de diamant qui reluisant leurs rappellent chaque jour " la misère et les cris " , puis on finit par s'habituer parce qu'à force de voir la farce des soufrances qu'la vie peut ameuter , on s'acoquine peu à peu à la rigeur des désastres qui orne nos riches sociétés , à la froideur des esprits qui ne voient pas que de sous les ponts sortent des nuages de vapeurs autant de messages de douleurs de coeurs qui se meurt dans la peur de ne plus pouvoir ressentir qu'le malheur ... Toutes ces lueurs que l'on mattraquent , toutes ces ilusions déçues dans mes sacs ...
Malgré les actions concertées , les soupes populaires , les Restos du Coeur , la misère ne veut pas déserter , On kiffe cité l'Afrique comme Coqueluche du désespoir alors que des clodos crèvent encore dans nos dos aux grands dames de Coluche , en vingt ans c'qui a changé c'est qu'la tristesse des gens est devenue un Bussiness plutôt réconfortant , même juteux , alors les grands cadors en joue et mettents leurs necessiteux dehors , on fait de la rue un fond de commerce et sous nos yeux défilent femmes enceintes , enfants , vieux , handicapés , mongols , teinps' , gitans , le vent de l'infortune vient maintenant de l'est , leurs regards empestent les coups que leurs matons s'autorisent à distribuer aux moindre cents détournés et malgré que tout ces mal fagotés aient déjà souffert pour un oui ou pour un non , pendant des voyages qui en disent longs sur leurs origines , loin de tous leurs repères s'enracinent dans un quotidien mendiant quand les mains de leurs protecteurs croulent sous les bagues en or et les sacs Dior , ils dansent le Mia quand les leurs s'enfoncent dans les aléas d'une précarité constante , sueurs mal-odorantes , pompes puantes ; félicité ? Absente ... Et du coin de l'oeil , l'humeur patraque , j'enferme toutes ces histoires dans mes sacs ...
......................................................................................................... Jo-Santos®
............. Parce " qu'aujourdh'ui , on a plus le droit ni d'avoir faim , ni d'avoir froid ... " :
....................................................... Les Restos du Coeur



